• A table!

    "Déjà mangé ?" Cette question est une façon commune de se saluer en Chine. La nourriture est importante pour un chinois, autant que pour un bon vivant belge - je ne vise personne, mais le beau gosse se reconnaitra, c’est donc dire ! Mes amies Taï taï qui disposent d’un chauffeur pour se déplacer sont exaspérées par l’angoisse naissante et non dissimulée de celui-ci quand vient l’heure du repas. La panique mêlée à un certain énervement, monte autour de 11h30.

    Le plaisir de la nourriture est un sentiment commun aux chinois et aux français – bon ok aux belges aussi. Je découvre, et pas seulement lors de mes cours, cette cuisine chinoise qui n’est pas forcément la même que la cuisine chinoise en France. Ce paradoxe m’a notamment frappée lorsque j’ai appris à faire le riz sauté, car attention, je ne dirais plus riz cantonnais, j’ai cru qu’Ami, notre Yves(tte)Camdeborde chinoise allait nous faire un infarctus… « Non Riz Zauté ! Paaas cantonnais! » mea culpa, je croyais naïvement que c’était THE riz chinois.

     J’apprends pour le coup le célèbre proverbe de la province de Canton: "On mange tout ce qui a quatre pattes sauf les tables, tout ce qui vole sauf les avions, et tout ce qui nage sauf les bateaux", en d’autres termes, on bouffe de tout…

    Au restaurant, je commence à ne plus regarder avec écœurement les photos des plats quand avant un sentiment de panique me saisissait au fil du menu où apparaissait une tortue en bouillon.  Non pas que la tortue soit le plus câlin des animaux de compagnie, mais tout de même. Le fait d’être française ne protège pas du petit choc culturel rencontré devant certains plats. Après tout, nous mangeons bien des lapins, voire pire, des escargots. Pour en avoir élevé une flopée quand j’étais enfant, je peux certifier que les escargots sont des petites bêtes très attachantes.

    Un midi avec deux copines nous décidons d’aller manger dans un petit restaurant traditionnel, pas d’occidental à l’horizon, un menu écrit exclusivement en chinois – l’une d’elle forte de ses 3000 caractères chinois connus reste sans voix devant les noms des plats plus chanteurs les uns que les autres, tels les  menus de noces des années 60, difficile de traduire « arc en ciel de fraîcheur et autres printemps des rivières froides », traduction, salade de crudités et poisson d’eau douce. Bref,d’humeur peu aventureuse, je commande un poulet (enfin un morceau de poulet ?). Je goûte, il est bien cuit, tendre, nickel. Je suis aux anges, jusqu’à ce que j’aie la désagréable impression de me sentir épiée : ledit poulet, dont la tête était encore sur les épaules, me regardait. C’en était fini. En théorie, c’est le consommateur qui admire son plat, et non l’inverse… Le serveur l’avait placée sur la table d’à côté, tourné face à moi, sympathique attention, j’en conviens.

    Petit moment de solitude quand j’apprends à mes dépens que le repas doit être sans gâchis en souvenir des années difficiles que la population a connues (grandes famines notamment sous Mao). « Oui mais là, ça ne va pas être possible ! » La culpabilité que j’ai ressentie face à la tête du poulet repartie en cuisine et le regard glacial du serveur… je crois que j’ai perdu la face. La prochaine fois on choisira un resto plus western !

    Ceci étant dit, entre un chinois et un français, les pratiques culinaires se valent dans la mesure où elles sont souvent peu comprises par le reste du monde. Cuisses de grenouille, langues, têtes, poumons, reins, cafards, serpents, chiens et chats…  sans chichi, sans tabou. "Les Chinois, dont la curiosité est très développée, ont vraiment tout essayé en matière d’expériences alimentaires, fussent-elles étonnantes ou dangereuses", dixit Zheng Ruolin, dans « Les Chinois sont des hommes comme les autres ».  

    Par contre, je m’interroge sur leur capacité à « faire simple », genre pizza salade ou bœuf-patate ? J’ouvre une parenthèse, parce que, je viens de re-re-visionner le spectacle de Florence Foresti « J’aime pas les garçons », je crois qu’on a des connaissances en commun elle et moi. http://www.youtube.com/watch?v=jzOReP95ti0

    Bref, « Qu’est-ce qu’on mange ? » Eh, bien, chaque repas se compose de plusieurs plats. Même pris en rue, la cuisine chinoise a recours à tout : ce qui importe, c’est la diversité, par exemple des types de cuisson, mais aussi des aliments ; il y a le « fan »,  riz et féculents, et le « cai », les accompagnements  légumes et viande, qui doivent être équilibrés. L’art de la cuisine est d’harmoniser le tout, comme une bonne histoire : le caractère du plat dû aux épices,  le goût sucré qui compense l’amertume d’un légume, tout se mélange avec les plats que l’on partage. Il y a d’ailleurs trois critères pour apprécier un plat : la couleur, le parfum et le goût. Tout est ainsi soigneusement préparé dans la satisfaction du convive qui, une fois devant son plat, n’a rien à faire, hormis manier ses baguettes correctement ! Cette harmonie se retrouve à table, laquelle est souvent ronde avec un plateau tournant, ce qui permet de goûter à tout. A les observer, les chinois commandent bien souvent trop, parlent de plus en plus fort au fil des « Gan Bei ! » (cul sec), mangent le riz à la fin, pour annihiler un peu les effets de l’alcool ( ?), du coup, bien des étrangers ne comprennent pas trop l’utilité du bol de riz, tant attendu après avoir croqué dans une épice cachée, on boit la soupe à la fin aussi, pour le transit et si les filles vous attendez un dessert, sachez qu’ils ne sont pas « très dessert » ici. Enfin, une chose qui m’intrigue ici, c’est que le chinois ne doit pas paraître pingre alors les repas sont souvent copieux et il en reste toujours, comme « faut pas gâcher », les restaurants te proposent naturellement des dodies bag pour emporter les restes! Rien ne se perd, surtout pas la nourriture!

     


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