• Et les chinois.... où vont-ils en vacances?

    Marée humaine déferlant sur la Grande Muraille pendant la Golden Week, raz-de-marée de bouées multicolores dans les piscines du Sichuan, vagues de Ooooh! et de Aaaah! d’admiration devant la mer de nuages des Huangshan… Tu crois que ce sont des clichés? Ben non! A quelques jours des congés scolaires chinois et des grands départs, chinois comme expats, je me pose une question et s'ils nous suivaient en vacances?

     

    Les chinois découvrent les loisirs...

    Considéré comme un plaisir bourgeois sous la Révolution culturelle (1966-1976), le tourisme est longtemps banni par le Parti communiste. Ca n’est qu’à partir des réformes de 1978 que l’on prend conscience de la manne financière que les loisirs pourraient engendrer. Ah voilà... si business à faire, réformes consenties! Réduction du temps de travail hebdomadaire de 44 à 40 heures en 1995 ; 1996 proclamée année des loisirs et des vacances, rien que ça mais attention ils sont loin d'arriver à la cheville des français, faut bosser avant d'avoir des congés! ; instauration l’année suivante des week-ends non travaillés pour les salariés, car jusque là, les chinois travaillaient le week-end! Evidemment, le 7ème jour, repos du Seigneur n'a aucun sens ici! Mise en place en 1999 de trois Golden Weeks (黄金周 : huangjin zhou) autour de la fête du printemps, de la fête du travail et de la fête nationale ; réforme en 2007 de ces Golden Weeks et passage à 11 jours de congés annuels… Ce n’est pas encore le Front populaire, mais quelle avancée !

    Les tribulations d’un Chinois en Chine

    En Chine, les touristes sont principalement issus des nouvelles classes moyennes vivant dans les grandes villes du Guangdong, de Shanghai, du Zhejiang et de Pékin. Ils sont entre 300 et 400 millions à sillonner le pays chaque année. Ca fait donc tout de suite beaucoup de monde sur les routes et dans les aéroports, les gares, les villes comme Pékin, Shanghai... S’ils privilégient avant tout ces mêmes destinations, les grosses villes, les régions du sud-ouest et du centre "plus nature", plus vertes (Yunnan, Sichuan, Jinan) ont également le vent en poupe, tandis que les provinces de l’ouest (Xinjiang, Gansu, Qinghai) commencent à tirer leur épingle du jeu, il faut donc vite y aller avant que ce qui reste d'authentique ne soit massacré!

    Contrairement aux idées reçues, les voyages organisés en groupe, en mode "Les jolies colonies de vacances" ont moins la côte parait-il, les Chinois étant de plus en plus nombreux à partir en famille et entre amis. Nouvelle génération bien sûr! Je me suis toujours demandé si la tente Quechua (celle de Décathlon!) servait à autre chose que d'offrir un espace plus personnel aux siestes des chinois qui s'y engouffrent dans le magasin et dorment (comme dans les lit chez Ikea d'ailleurs qui n'y échappent pas!) c'est drôle et ils sont totalement décomplexés, c'est doublement drôle! -  je ne suis pas sûre qu'ils connaissent le camping, on devrait leur envoyer quelques hollandais...

    ET la photo souvenir, parlons en! Pour les Chinois, se faire prendre en photo dans des lieux ou devant des paysages très connus, en prenant systématiquement la pose qui va bien est un sport national – Oh le joli selfie avec les doigts en V ! En quête permanente de reconnaissance sociale, ce genre de photo leur permet de "gagner de la face". Alors que tout le monde ne peut pas encore s’offrir un séjour touristique, le chinois n’hésitera pas à se faire valoir auprès de ses collègues pour gagner en considération en exhibant ses plus beaux clichés. J'ai de l'argent, je me paye une voiture, des vêtements et accessoires de marques très bling-bling, il faut que ça briiiillle, idem pour les vacances. Il faut que l'on sache que le chinois a réussi!  Ce que les années Mao ont combattu, l'embourgeoisement doit se voir et c'est sans complexe!

     

    Comment élisent-ils leur lieu de villégiature ?

    Plutôt rats des villes que rats des champs, ce qu’ils recherchent avant tout, c’est la modernité des grosses bourgades prospères et surpeuplées, symboles de la puissance économique récente du pays. Peu soucieux de l’authenticité des lieux visités et de la préservation du patrimoine, c’est avant tout beau parce que c’est moderne. Grande Muraille rénovée en fausses pierres, cascades artificielles et autres aménagements factices sont largement vantés dans les brochures touristiques. En outre, parce qu’ils favorisent la sociabilité, ils préfèrent les lieux bruyants et animés (热闹 : renao, chaleureux et vacarme) oh? on n'avait pas remarqué!

    Il y a le ciel, le soleil et la mer

    Second critère de sélection, les mingsheng (名胜), c’est-à-dire les zones "d'intérêt paysager et historique d'importance nationale". Dans la culture chinoise, on fait la part belle aux shanshui (山水) : paysages de montagnes et d’eau, vue sur les nuages, etc. Après la mort de Mao, pour favoriser la construction nationale, c’est même l’Etat qui détermine quels seront les lieux touristiques, comme par exemple les Huangshan, les fameuses Montagnes Jaunes. Les incontournables sont d’ailleurs illustrés sur les nouveaux billets de banque. A la fin des années 1990, un sondage révèle que "62% des personnes interrogées considèrent que seul un mingsheng peut constituer un site digne d’intérêt." Toujours très obéissants ces chinois...

    Sous le soleil exactement...ou pas.

    Une petite partie de la population commence à élire la plage comme nouveau lieu de vacances mais les pratiques de ces drôles de touristes sont pour nous surréalistes! On se baigne peu - encore faudrait-il savoir nager, alors on n’oublie pas sa bouée, on cache son corps des vilains assauts du soleil pour conserver une peau aussi blanche que possible, le face-kini qui fait fureur sur les plages et qui effraye nos enfants, on privilégie les maillots très couvrants et on évite de s’allonger sur le sable. L’itsi bitsi petit bikini, ce n’est donc pas pour tout de suite… Aux Philippines, David et moi étions morts de rire en voyant la scène suivante : nous prenions notre petit déjeuner le matin sur la terrasse et faisions face au ponton. Le soleil nous faisait face.  ET là... une famille de 3 chinois, normale quoi  -papa, maman, enfant unique, se met à marcher en arrière sur le ponton - le truc débile que tu interdirais de faire à tes enfants sur un ponton! - pour bien comprendre la scène, si les chinois s'étaient avancés normalement, ils auraient eu le soleil en plein face! A mon avis leur espèce de Kway anti UV, la méga casquette et l'écran total ne devaient pas être suffisants!  Mais que venaient ils faire aux Philippines?

    Des Chinois globe-trotteurs

    Des revenus en hausse, les sites touristiques majeurs pris d’assaut et la pollution atmosphérique des grandes mégalopoles sont autant de facteurs qui poussent les Chinois, passeport en poche, à passer leurs vacances à l’étranger. Ils étaient 83 millions, originaires principalement des grands centres urbains (Pékin, Shanghai et Canton) à sortir des frontières en 2012 (ils n’étaient que 10 millions en 2000). Si Hong-Kong et Macao, capitales du shopping et du jeu, restent leurs destinations favorites, de plus en plus de Chinois profitent de l’ouverture de nouvelles destinations sur les compagnies low-cost pour s’envoler vers l’Asie : Tokyo, Bangkok, Phuket…

    Une part grandissante de touristes chinois lorgne désormais du côté de notre vieille Europe : déjà 2,3 millions en 2010. Ils partent généralement pour des séjours en groupe millimétrés : voyages éclair de deux semaines, jusqu’à dix pays traversés, la photo-souvenir à côté des mingsheng célèbres, nuits dans des hôtels quatre ou cinq étoiles, et surtout, un porte-monnaie bien garni… Car le shopping reste leur activité favorite : en 2012, la Chine devient la nation la plus dépensière avec 75,5 milliards d’euros dépensés à l’étranger. Et la concurrence est rude en Europe pour attirer cette manne touristique. Les pays de l’espace Schengen et le Royaume-Uni l’ont bien compris, puisqu’ils ont allégé ces dernières années les procédures d’obtention de visa. Le Ministre des Affaires Etrangères Laurent Fabius a par ailleurs annoncé le 13 janvier dernier, à l’occasion du 50ème anniversaire des relations France-Chine, que la France délivrerait des visas en 48 heures pour les Chinois. Selon les prévisions, on attend 1,8 million de voyageurs cette année. Encore faudrait-il savoir les accueillir courtoisement! Y-a du boulot!

    Paris, wǒ ài nǐ

    Visiter Paris est un rêve pour beaucoup de Chinois mais pour combien de temps encore ? L’an dernier, les vols et agressions qu’ont subis de nombreux touristes à Paris ont largement été relayés sur Weibo. Nous l'avons vu quand nous vivions à Paris, les scènes étaient récurrentes, des touristes chinois sortant des Galléries Lafayette ou du Printemps avec des sacs Chanel ou Vuitton se faisant littéralement sauter dessus par des groupes de filles roumaines et détrousser en 10 secondes. Le truc de dingue où personne ne bouge, mais où est la Police? Il faut bien comprendre que la Chine est très sécurisée, il y a peu de risque de se faire agresser et détrousser. Dans une ville comme Shanghai, je n'ai jamais eu peur, je n'ai jamais tenu mon sac. Le choc est réel pour ces touristes qui dépensent en France et s'y font voler en toute impunité car ils n'iront même pas porter plaintes, ça ne sert à rien et ils l'apprennent rapidement.  

    Bon, je crois qu'à Namur, Villers Campsart, St Peters et la Ombrie, on sera tranquille cette année encore!!

     

     


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